Pauvreté : pourquoi son éradication est possible, souhaitable et nécessaire ? 2ème  partie : Oui l’éradication est possible !

Nous avions abordé la question de l’ampleur de la pauvreté en France et de son évolution lors de l’éditorial du 12 juin 2018. Il convient désormais d’expliquer pourquoi l’éradication de la pauvreté est possible, souhaitable et nécessaire.

La pauvreté est un combat moral

De toutes les époques et en tout lieu, l’idée que des pauvres fassent partie du paysage sociologique semble aussi évidente que celle d’une caste de dominants aisés.

Cela résulterait d’une sorte de loi de la sélection naturelle selon laquelle toute société s’organiserait autour d’une minorité de riches composés des plus forts, des plus rusés ou des plus intelligents des êtres humains et d’une majorité de pauvres, ces gens de rien ou de peu.

Cependant, cette pensée dominante n’a pas empêché la constitution, au fil des siècles, d’une fraction croissante de la population qui se situe à l’intermédiaire des riches et des pauvres, qu’on appelle aujourd’hui la classe moyenne.

En fait, la lutte contre la pauvreté passe par deux éléments moteurs dans la pensée humaine.

D’une part, la conviction qu’il est possible de réduire voire d’éradiquer la pauvreté au motif que les richesses produites par le pays sont suffisamment amples pour une meilleure utilisation de celles-ci à des fins de lutte contre les inégalités, dont la pauvreté.

D’autre part, conséquence de la première, dès lors que les conditions sont réunies, alors le moteur de la pensée humaine est la morale. La question devient « est-ce acceptable que nous ayons des pauvres autour de nous ? ». De même que la morale réprouve, par exemple, l’esclavagisme depuis près de 2 siècles, cette morale peut aussi concerner la pauvreté.

En fait, l’essence de la morale porte essentiellement sur la condition humaine. Est-il moral que des êtres humains puissent être traités en esclave ? Tant que l’idée dominante était l’existence des races et donc une échelle des races, la conviction était la normalité de l’esclavage. Mais si nous pensons que tout être humain devient notre semblable alors l’esclavagisme devient insupportable. La morale interdit donc l’esclavagisme.

C’est la morale qui sera le moteur de l’éradication de la pauvreté. Si la pensée dominante consiste à caractériser la pauvreté comme une évidence naturelle, alors la morale n’interdit pas la pauvreté.

Or, toutes les conditions sont réunies pour l’éradication de la pauvreté. Le Monde n’a jamais produit autant de richesses, industrielles, agricoles et de prestations de services. La France est la cinquième ou sixième puissance mondiale, disposant aujourd’hui des ressources sans précédentes dans son histoire.

Ce constat statistique se heurte pourtant à la pensée dominante qui suggère la conviction selon laquelle les inégalités ne peuvent être réduites qu’à la marge. Cette conviction reste très prégnante.

Le combat politique des progressistes, des humanistes, consiste à renverser cette évidence, tout comme l’ont fait par le passé les très courageux abolitionnistes de l’esclavage. Ce combat est l’essence de la gauche avant que celle-ci, notamment la social-démocratie, s’abîme lâchement dans le renoncement.

L’éradication de la pauvreté en France est possible

La France Insoumise refuse ce renoncement et reprend le flambeau du combat contre les inégalités dont l’éradication de la pauvreté fait partie de ces objectifs. Comment ?

En premier lieu, cette éradication doit intégrer l’urgence pour redonner de la dignité aux personnes frappées par la pauvreté et ensuite, elle passe par une politique durable visant à construire une société de solidarité.

L’urgence, d’abord

L’urgence comporte plusieurs éléments de la vie quotidienne des pauvres. Cela passe par la garantie donner à tous de vivre au-dessus du seuil de pauvreté avec la revalorisation des minimas sociaux.

La création d’un plan personnalisé contre la pauvreté vise à tenir compte de la situation personnelle en termes de revenus, de santé, d’insertion professionnelle, de logement, d’accès au transport, à l’eau potable, à l’électricité etc …

Toute personne doit disposer d’un logement salubre, ou à défaut d’un logement d’urgence ce qui doit se traduire par un objectif de zéro sans-abri.

De même, il faut donner à toute personne un accès gratuit aux biens communs en instaurant la gratuité des consommations dites vitales de l’eau potable et de l’électricité, la gratuité des transports en commun et de l’internet. Bien entendu, cette gratuité sera universelle.

Enfin, toute personne doit être informée de ses droits sociaux et civiques par la simplification des démarches. Le financement étant assuré par la collectivité nationale.

Par ailleurs, la lutte contre le surendettement et l’accès effectif de tous aux services bancaires de base sont essentiels.

Construire une société de solidarité

On a vu que l’éradication de la pauvreté passe par le moteur de la morale.

Comment convaincre que la pauvreté n’est pas une fatalité et que la morale sur la condition humaine récuse la pauvreté ?

D’une certaine manière, les Lumières ont ouvert la voie à cette morale à travers la déclaration des Droits de l’Homme et des Citoyens de 1789 avec le fameux article 1er « Les hommes naissent libres et égaux en droits … » Ainsi, l’idée que chacun puisse disposer des mêmes accès au droit participe à la notion de solidarité.

Dans les faits, cette solidarité nationale passe par la fiscalité, l’éducation, la santé, le logement, les droits sociaux et civiques, l’accès aux biens communs.

La fiscalité doit être plus juste et mieux répartie. L’impôt sur les revenus doit être progressif avec plusieurs tranches et le poids de la fiscalité indirecte, certes indolore mais fortement inégalitaire, doit être réduit. Et la fiscalité des collectivités locales doit s’établir sur des bases plus justes. Enfin, les droits sociaux doivent être entièrement couverts par les cotisations assises sur les salaires, les revenus professionnels et sur la valeur ajoutée des entreprises.

L’accès à l’Education doit être élargi de 3 à 18 ans et être totalement gratuit concernant les fournitures scolaires, l’inscription, la cantine et le transport scolaire. L’accès à l’enseignement supérieur doit être garanti par une allocation d’autonomie pour les étudiants.

L’accès aux soins doit être garanti par la mise en place d’une Sécurité Sociale à 100 % avec intégration des mutuelles et de leur personnel.

L’accès au logement salubre et digne doit être garanti pour tous ce qui suppose la mise en place d’une garantie universelle des loyers alimentée par une caisse de solidarité abondée par les bailleurs.

Bref, en donnant les conditions de vie digne pour tous, la pauvreté peut être éradiquée.

Evidemment, tout cela n’aurait pas de sens si par ailleurs la politique économique de la Nation n’était pas centrée sur le plein emploi avec des emplois durables dans un environnement social de haut niveau et dans le cadre de la transition écologique dans tous les domaines.

Question qui fâche : combien ça coûte ? Rien

La réponse « rien » au coût de l’éradication de la pauvreté tant dans le financement des mesures d’urgences que dans l’édification d’une société de solidarité est provocante mais, à y réfléchir de plus près, cette réponse est vraie !

Rappelons que toute personne en condition de pauvreté est non seulement en situation de survie mais aussi un frein au dynamisme collectif.

L’essor d’une économie au sens large du terme, y compris culturel, sportif, scientifique, dépend de la créativité, de la capacité d’adaptation de ses acteurs. Mieux éduqués, bien soignés, dotés d’une véritable citoyenneté, défendus par des droits sociaux, frappés justement par la fiscalité, logés dignement et vivant dans un Etat de droit, les êtres humains auront toutes les motivations pour s’investir fortement dans leur métier, dans leur secteur d’activité et dans la société.

L’évaluation financière du coût fera apparaître un niveau élevé pour un niveau de vie lui aussi élevé dans le cadre d’une société solidaire.

L’acceptation d’un haut niveau de prélèvement obligatoire suppose sa contrepartie : le droit au bonheur effectif pour chaque personne.

Par conséquent, le coût devient secondaire si le sentiment que chacun peut être heureux est atteint. A l’inverse, le coût apparaît exorbitant dès l’instant où les dépenses semblent inutiles au sens où les bénéficiaires restent à l’état de pauvreté.

Le coût bien que réellement significatif en vaut la chandelle car le résultat est à la hauteur. Et donc, cela ne coûte rien si la mission d’éradication de la pauvreté est accomplie.

C’est là que la morale interdit la pauvreté.

Déclaration des droits de l’homme et du citoyen

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen

Photo par Mihály Köles sur Unsplash