Un Orang-outan à Kalimantan, Bornéo en Indonésie Libres de droit : Pixabay License

La vie de l’homme de la forêt

L’homme de la forêt contemplait son domaine, la grande forêt primaire tropicale. Cette terre ne lui appartenait pas puisque la terre appartient à tous. Mais il l’occupait et cette foison verdoyante dans laquelle vivaient tant d’espèces le rendait heureux. Comme chaque matin, il descendit de son arbre à la recherche de nourriture, composée surtout de fruits, mais également de feuilles, de fleurs et d’insectes. La mère de leur enfant commun – avec laquelle il ne vivait pas car son espèce est très indépendante -se trouvait haut dans les frondaisons et  montrait au petit comment choisir les fruits. Seuls les individus forts et de sexe masculin se risquaient à descendre au sol par crainte des prédateurs. Les mœurs de son clan étaient très libres, et il espérait malgré sa maturité rester encore longtemps un mâle dominant  et être choisi par une jeune femme lors des « épousailles » ce printemps pour enfanter à nouveau*.

L’après-midi, alors qu’il se trouvait dans son arbre, une violente secousse le propulsa à terre. Un prédateur géant de forme étrange et à la peau très dure avait déraciné son arbre qui gisait maintenant sur le sol. L’homme de la forêt se précipita pour le défier et défendre son clan contre l’attaque d’un adversaire inconnu**. Mais il renonça face à un monstre qui n’avait ni yeux ni bouche et avec lequel il était impossible de communiquer. Apercevant les petits hominidés sans poils et le corps recouvert de tissus qui s’agitaient, une espèce nouvelle venue, il préféra s’éloigner car il avait eu connaissance de disparitions étranges de ses frères et sœurs***.Ce soir, il referait son nid dans un autre arbre avec des branches et prendrait soin des jeunes et des femmes du clan**** ».

L’extinction programmée des orangs outans

L’homme de la forêt n’est autre que l’orang outan, il est ainsi désigné par la population de Bornéo et de Sumatra. Il existe trois espèces d’orangs outans toutes vivant en  Indonésie : les orangs-outans de Sumatra, au nombre de 7 000 environ et en danger critique d‘extinction, ceux dénommés orangs outans de Tapanuli,  récemment découverts, au Nord- Ouest de cette île, autour de 800 individus, et ceux de Bornéo évalués entre 45 000 et 70 000 individus, en danger d’extinction également. Autrefois, les orangs-outans étaient présents dans toute l’Asie. Depuis 1900, 91% de leur population a disparu, 150 000 pendant les 20 dernières années. Si l’homme n’agit pas, l’espèce sera éteinte d’ici 2050.

Les causes de l’extinction sont nombreuses: les incendies de forêt, de main humaine afin de déboiser, qui blessent et tuent ces animaux ; la déforestation pour pratiquer les cultures intensives d’huile de palme ou l’exploitation forestière, qui les prive de leur habitat et de leur source de nourriture ;  la chasse, le braconnage destinés à vendre la viande d’orang-outan adulte, ou les jeunes comme animaux de compagnie à des particuliers ou comme animaux de spectacle à des parcs nationaux, à des cirques, ou à des laboratoires en Asie et Europe de l’Est.

Les orangs-outans tentent de vivre dans les palmiers récemment plantés par les hommes mais celui-ci n’accepte pas cette sorte de cohabitation, surtout les planteurs, qui capturent les orangs-outans et les torturent avant de les tuer. Une pétition en ligne évoquait le cas d’une femelle orang-outan qui avait reçu 73 balles dans le corps dont plusieurs dans les yeux : elle avait pu être sauvée par l’équipe médicale d’une ONG mais était devenue aveugle et avait perdu son petit tué dans la fusillade.

Un être évolué

Cette triste situation, l’homme consommant de la viande d’orang-outan, méprisant sa vie, ses besoins et sa liberté, assouvissant sur lui ses penchants cruels, est incompréhensible et indigne, compte tenu de la parenté qui relie notre espèce à celle de nos cousins.

L’orang-outan est un hominidé comme le chimpanzé, le gorille, le bonobo et l’homme. Il partage avec ce dernier  97%  d’ADN identique ; il est comme tous les singes très conscient et très intelligent. Il se sert d’outils et selon une expérience tentée sur des orangs-outans en captivité, ce singe peut se servir d’un iPad et communiquer par Skype. Il utilise des plantes médicinales pour se soigner. Il est doué d’empathie comme tous les animaux sauf bien souvent l’homme ! Il communique abondamment : il a été établi par exemple que le petit orang-outan pleure quand il a faim, pleurniche ou sourit pour signaler sa bonne ou sa mauvaise humeur et les adultes se transmettent également leurs émotions.

Enfin, l’orang-outan entretient avec la forêt un échange de services fécond puisqu’il participe à sa régénération et au maintien de l’écosystème, en dispersant les graines de fruits non digérées .

C’est pourquoi le petit récit d’introduction avait pour but de montrer que la vie d’un tel animal peut ressembler à celle d’un chasseur cueilleur des temps préhistoriques.

La science ne peut pas vraiment dire si l’orang-outan a ou non une pensée structurée comparable à celle des êtres humains mais c’est une possibilité. La question philosophique de l’existence d’une frontière certaine entre l’homme et la bête est posée avec encore plus  d‘acuité compte tenu de sa proximité avec nous.

En décembre 2014, un tribunal Argentin  a accordé à Sandra, femelle orang-outan de 29 ans, le statut de « personne non-humaine » et lui a reconnu le droit d’être libre. Hébergée au zoo de Buenos Aires où elle était très malheureuse, elle a été transférée dans un sanctuaire au Brésil.

Cette première mondiale n’a pas été renouvelée depuis ; toutefois l’Espagne accorde certains droits aux grands singes et l’Inde aux dauphins.

L’urgence

En tout état de cause, 1,5 million de Km2 de forêts ont été détruits pour développer la culture d’huile de palme dont l’utilité et l’intérêt sont douteux pour l’être humain : elle est négative pour la santé et sert de carburant, alimentant la pollution. 25 orangs outans meurent chaque jour. Dans la même action, les initiateurs des plantations privent la planète d’arbres capturant le CO2, et nuisent à l’humanité.

Il existe des solutions :

-stopper l’expansion des plantations et de la déforestation en appliquant les lois en vigueur puisque bien souvent les cultures ont lieu dans les aires nationalement protégées et la chasse est interdite ;

-planter sur les terres défrichées qui sont nombreuses en Indonésie et laisser les forêts intactes ;

-pratiquer des coupes sélectives de bois pour l’exploitation forestière ;

-renoncer à l’huile de palme et pratiquer une production biologique et équitable ;

-mettre au pas les multinationales et les combattre vigoureusement.

Nous sommes tous impactés

L’Indonésie n’est pas le seul endroit du globe impacté par la disparition de la forêt. Au Brésil, la forêt primaire est également en danger. Des êtres humains y vivent et en vivent de façon traditionnelle ; ils sont en danger de perdre leur habitat. Le Chef Indien RAONI a entamé un tour d’Europe pour demander l’appui des pays occidentaux contre la déforestation en lien avec les défenseurs de la biodiversité.

En Afrique, les grands singes (gorilles, bonobos, chimpanzés) sont également en voie d’extinction et leurs forêts sont menacées pour des raisons similaires (cultures de cacao, thé, café, exploitations minières et forestières, pesticides, chasse, braconnage..)

Ces forêts sont les nôtres également et elles sont indispensables non seulement aux grands singes et à une innombrable faune tout aussi menacée mais également à nous êtres humains. Nous faisons partie de la biodiversité, nous devons la défendre et prendre des mesures radicales maintenant. La France Insoumise se prononce pour un grand plan de restauration de la biodiversité en Europe et dans le monde notamment par l’intermédiaire de l’Onu et l’interdiction d’importer les produits issus de la déforestation notamment l’huile de palme, ainsi que pour l’interdiction des agro carburants qui entrent dans la composition des aliments.

Notes

* Les orangs-outans sont « féministes », c’est la femelle qui choisit son partenaire, en général un mâle dominant qui pourra protéger son enfant.

** L’anecdote racontée plus haut se rapporte à une vidéo qui a fait le tour du monde : un orang-outan affrontant une pelleteuse après l’abattage de son arbre.

*** Les planteurs et parfois la population s’en prennent violemment aux orangs-outans qu’ils croisent sur leur chemin et les tuent.

**** Les orangs-outans bâtissent chaque soir un nid avec des branches et sont d’excellents ingénieurs.

Par Flore Innana