Manifestation et enquête parlementaire le 20 Octobre 2019 au bois de Latingy

Organisées par le VILLAGE DE LA LOIRE en présence de la députée MATHILDE PANOT

« 1000 Sources, 1 fleuve, 1000 affluents, nous sommes la Loire qui se défend ! » tel est le slogan du Village de la Loire.

Ce slogan est doublé d’une autre : « Nous sommes la Nature qui se défend ! ». Les deux s’originent dans la nature de l’homme, « mammifère intégré à la nature » et qui en a besoin pour vivre, ainsi que le diront différents intervenants auditionnés lors de la commission d’enquête parlementaire.

Le 11 Septembre 2019, les tronçonneuses sont arrivées dans le bois de LATINGY et en ont rasé une part substantielle en vue de réaliser le projet de construction d’une route et d’un pont permettant de délester Orléans de 37% de sa circulation.

Afin de protester contre la déforestation, les Villageois de la Loire, constitués en Village depuis plusieurs mois, ont organisé une manifestation sur les lieux et MATHILDE PANOT députée de la France Insoumise y est intervenue, dans le cadre d’une commission d ‘enquête, en vue de créer une loi protectrice des forêts ; à cette fin, elle a auditionné divers témoins et sachants.

Déroulement de la journée

A 13h30, la manifestation regroupant plus d’une centaine de personnes notamment des locaux a débuté, en compagnie de Mathilde PANOT, et a traversé les bois puis les lieux sacrifiés qui offraient un spectacle de désolation : terre remuée et vide, souches d’arbres tronçonnées, tiges de bois demeurées plantées au sol, champignons arrachés.  Déterminés, les manifestants ont achevé leur parcours dynamique sur les quais de Loire qu’ils ont saluée.

L’ancien maire de Saran, Monsieur GUERIN, à l’origine du projet de pont, vieux de 25 ans, a tenu à défendre celui-ci devant Mathilde PANOT. De même, un homme déclarant soutenir le projet a accompagné la manifestation, par ouverture d’esprit, curiosité, dans un but de surveillance, ou d’information, on ne sait pas vraiment.

Les manifestants se sont ensuite rendus au « P’tit théâtre » de MARDIE où ont eu lieu les auditions puis l’assemblée générale des Villageois de la Loire.

Commission d’enquête

Mathilde PANOT a expliqué que la loi est l’affaire de tous et que la lutte pour la forêt est une lutte d’intérêt général. C’est pourquoi a été mise en place une commission d’enquête décentralisée. Une caméra a filmé les interventions.

Etaient présents autour de la table des auditionnés : Nans, Villageois de la Loire, Allan, Villageois et gilet jaune, Denis MIEGE, Naturaliste professionnel, membre de l’Abside, association luttant contre la déviation de JARGEAU, Fabrice TASSARD, membre de l’association SPLF luttant contre l’artificialisation des sols et ayant empêché la construction d’un Décathlon, Philippe CANAL, membre de l’intersyndicale ONF, Vincent VAUCLIN, CGT-AFB (Agence Française pour la Biodiversité)

I – ETAT DES LIEUX

Tout d’abord, Nans et Allan lisent des extraits du livre de Gaspard d’ALLENS « MAIN BASSE SUR LES FORETS » puis laissent la parole aux spécialistes qui dressent un état des lieux des forêts françaises et de leur gestion qui ne correspond pas à l’intérêt général.

Le bétonnage des terres

La commune de MARDIE, où a lieu le déboisement est sise entre deux massifs forestiers, très différents, séparés par la Loire et le Val. Au Nord, la forêt d’Orléans, qui compte 50 000 Ha dont 35 ha sous régime domanial, au Sud, la forêt de Sologne, terre privée et réserve de chasse, sur 3000 KM2, et entre les deux un corridor qui favorise la biodiversité (passage privilégié du cerf pour la reproduction et pour fuir les chasses à courre).

Or, l’artificialisation des terres progresse, un département est bétonné dans son entièreté tous les 7 ans ; l’emploi n’est pas pour autant créé sur les terres artificialisées.

Entre 1995 et 2016 : 1343 ha de terres agricoles ont disparu et on prévoit 845 ha de plus d’ici 2025 dont 600 pour les logements. Orléans a une moyenne de logements vacants supérieure à la moyenne nationale : 8% pour la France, 10 % pour ORLEANS en centre – ville, 12000 logements vides.

Le projet de pont est évalué à 100 000 000 € qui pourraient être utilisés dans d’autres domaines. Il obéit à une série de prétextes, tenant pour l’essentiel aux nuisances de la circulation passant à JARGEAU, et aux craintes des habitants pour la sécurité des enfants allant à l’école. Ces problèmes selon Denis MIEGE pourraient être résolus par des mesures plus simples et moins onéreuses.

La gestion discutable de la forêt

Conserver les petits bois, comme celui de LATINGY, qui sont une zone intermédiaire entre la forêt et le milieu ouvert, est important pour l’homme et les animaux, les chevreuils, par exemple, peuvent les recoloniser.

La coupe des arbres du bois de LATINGY porte atteinte à la biodiversité : le balbuzard pêcheur qui niche dans les bois mais pêche dans la Loire en est chassé, de même que les chauve- souris et nombre d’autres espèces vivant au sol.

La forêt d’Orléans est exploitée de manière intensive pour le bois de chauffage, on utilise la coupe régulière, les arbres étant tous du même âge et de même espèce dans un souci d ‘efficacité .

La coupe irrégulière avec des espèces différentes et des âges différents est favorable à la conservation de la biodiversité ; exemple : les mésanges ont besoin de vieux arbres pour construire leurs nids. A leur tour, elles protègent les arbres en se nourrissant d’insectes qui se posent sur les feuilles.

Absence de compensation

Un exploitant quittant un site n’est pas obligé de le remettre en état, de le dépolluer, le reforester, de dés- artificialiser les sols.

La loi de 2014 a supprimé un des piliers de la gestion forestière qui disait que si on déboise il faut reboiser entre 2 et 5 fois la surface de ce qui est déboisé. Maintenant, la compensation est d’un arbre replanté pour un arbre abattu.

Mais la compensation actuelle est un leurre car elle ne tient pas compte de l’âge des boisements, la complexité des écosystèmes et leur fonctionnalité.

Course aux profits, exploitation des agents et des prestataires

Il est de plus en plus demandé à l’ONF de faire des profits et de moins en moins de la protection.

Les personnels de l’ONF résistent et tentent d’appliquer des mesures conformes à leur vocation de protection des forêts : depuis 3 ans, l’ONF demande à son personnel de récolter 6 000 00 m3 par mois et les agents n’ont jamais dépassé les 5 000 000 m3.

L’AFB (Agence Française de la Biodiversité) va fusionner avec l’ONF (Office National des Forêts) pour devenir l’OFB (Office Français de la Biodiversité) : une réduction de 5 000 postes est prévue en 2022. Le futur OFB se limitera à des préconisations concernant la réduction d’impacts.

Quant aux prestataires, les choix se portent sur les moins-disants et non sur la qualité de leur travail. Ils baissent leur proposition pour être choisis au détriment de celle-ci.

Toute puissance du Préfet

Le Préfet n’est pas tenu à une enquête publique. Concernant les études d’impact, le citoyen n’a pas les moyens d’opposer des arguments efficaces aux bureaux d’études.

II – MESURES QUE DEVRAIT CONTENIR LA LOI

Mathilde demande ensuite quelles sont les mesures préconisées à intégrer dans une loi future de protection des forêts.

Voici quelles ont été les réponses énoncées par Allan au nom du Village de la Loire qui s’inscrivent dans une vision de la forêt comme bien commun et dans celle d’une gestion pour l’intérêt général :

 Création d’un contre-pouvoir étatique ou citoyen légitime pouvant mener des contre –expertises face aux bureaux d’études ;

 Rompre avec les collusions. Le préfet de région est préfet du Loiret et est celui qui a signé l’autorisation des travaux. (Une nouvelle autorité de recours ? note de l’auteure de l’article)

 Dans le cas où des espèces protégées sont en danger (animales, végétales ou paysages), tout citoyen doit pouvoir attaquer en justice, et non seulement les propriétaires des parcelles, ou les associations nationales de défense de la nature ou des animaux ;

 La protection de la biodiversité, la protection du climat rentre dans le cadre de l’intérêt collectif et doit être géré comme telles ;

 Zéro perte nette (animale, végétale, paysagère) dans la loi, mais des dérogations existent. Supprimer ces dérogations dans le cas d’espèce protégées.

 Compensation 100% : Si on fait une route, la même surface doit être dé-bétonnée, dés -artificialisée dans le respect des écosystèmes ;

 Création d’une police de l’environnement pour faire contre-pouvoir face à la police gérée par le préfet.

 Dans le cas où des zones protégées sont concernées, obligation d’épuisement des recours en justice avant de passer à l’action de déboisement ;

 BRGM prévoyait 13 millions pour les travaux ; aujourd’hui, on en est à 100 millions ! On ne doit pas commencer un projet sans certitude sur sa faisabilité.

 Quel rôle doivent avoir les enquêtes publiques ? Il y a eu 2.200 contributions sur ce projet, 1.600 avis non favorables au pont. Il est important de créer une vraie méthodologie d’enquête publique pour que tous les habitants soient vraiment consultés (et que l’avis des citoyens soit respecté, note de l’auteure de l’article) ?

L’après- midi s’est terminée avec les questions du public. Mathilde est repartie avec des témoignages qui concourront à une future loi sur la protection des forêts. Cette journée a été une étape importante pour la réussite de la démarche citoyenne de réappropriation collective des forêts et la gestion collective du vivant et du climat.

Joëlle LANTERI

 D’après les notes d’anonymes – Le tract « Conduite des auditions » Village de la Loire – Et les notes de l’auteure.

Toutes les photos ont été prises ce dimanche 20 octobre par Monsieur Thierry Jay