Caricature de DonkeyHotey réalisée le 5 avril 2018

Le verbe présidentiel s’évapore dans le vide de la pensée libérale

On cherchera en vain l’étincelle présidentielle lors de sa trop longue et fumeuse conférence de presse, cette étincelle qui hisse un chef de l’État au niveau de sa fonction de rassembleur de la Nation et de garant des valeurs républicaines.

Nulle étincelle n’émergea de deux heures éprouvantes sans souffle d’accumulation de poncifs et d’oxymores plongeant les français dans une perplexité encore plus grande et dans une colère plus affirmée.

Au lieu d’une étincelle, les français abasourdis assistèrent à l’effacement d’une météorite naguère dépeinte en brillant jeune homme capable d’écoute, d’empathie, de dépassement des clivages droite–gauche. Bien que François Ruffin ait magistralement décrit la collusion de Macron avec l’oligarchie, le peuple français s’attendait à un président moderne au sens d’une meilleure gouvernance en comparaison avec ses prédécesseurs.

Car que pouvons-nous retenir de ce flop monumental d’une conférence de presse destinée à éteindre les incendies qu’il avait lui-même grandement contribué à déclencher ?  Quelques pincées sociales mâtinées de fausses avancées institutionnelles le tout sur fond de la continuité d’une politique profondément injuste, inégalitaire, productiviste. L’ISF maintenu, c’est surtout les friqués qui se frottent les mains, les opérations dites d’optimisation fiscale pourront allégrement se poursuivre en toute impunité.

Sa politique profondément idéologique s’incarnant dans le libéralisme, conduit à négliger le social sauf lorsque les contraintes électoralistes l’obligent à lâcher quelques miettes tels les seigneurs consentant à soulager les gueux pour étouffer toute jacquerie.

Un contenu social vide

Ainsi, la décision d’indexer à l’inflation les retraites inférieures à 2.000 euros en 2020, puis toutes les retraites à compter de 2021, est une arnaque.  Selon Le Figaro, ce quotidien bolchevik a démontré que du point de vue juridique et technique, «  le chef de l’État promet en la matière quelque chose qui n’a en réalité jamais été prévue d’être ni même votée ».

Cette vieille ficelle visant à annoncer des mesures déjà existantes a aussi été utilisée s’agissant de la garantie du paiement des pensions alimentaires alors même que la procédure existe depuis 2017, grâce à l’Aripa (Agence de Recouvrement des Impayés de Pensions Alimentaires), rattachée à la Caisse des allocations familiales (CAF).

Son annonce de ne plus fermer d’écoles et d’hôpitaux d’ici 2022 est une fumisterie puisque rien n’empêche le gouvernement de continuer à vider les écoles en supprimant des classes et à affaiblir les hôpitaux en supprimant des unités de soins au plus grand bénéfice des établissements scolaires privés et des cliniques privées.

L’annonce de la baisse des impôts sur le revenu par la réduction des deux premières tranches va faire plaisir à tous les contribuables lesquels devenus citoyens verront que cette baisse servira surtout à casser toujours plus les services publics dont ils ont pourtant tant besoin.

Ce pompier-pyromane excelle en fossoyeur des avancées sociales avec toute la complicité de syndicalistes tel ce brave Laurent Berger, en avançant la future réforme de la retraite par points qui aura le double effet de ne point connaître à l’avance ni la date de départ à la retraite à taux plein, ni le montant de celui-ci, et de retarder significativement au-delà des 62 ans légaux, le départ effectif à la retraite à taux plein. Cette belle dynamite est également une coproduction des libéraux compatibles qui va de l’extrême-droite à la gôche socialiste et verte.

Des avancées écologiques et institutionnelles fantomatiques

Soyons juste, il aura consenti à communiquer sur sa préoccupation toute néophyte de l’urgence écologique à propos de laquelle la création d’un « Conseil de défense écologique », énième structure institutionnelle sur le sujet aura pour mission principale de faire oublier une gestion calamiteuse des questions écologiques dans la mesure où, depuis 2011, ce sont plus de 13.000 postes qui auront été supprimés du ministère de l’environnement.

Les rapports alarmants sur le changement climatique sur fond de sixième extinction massive des espèces peuvent s’accumuler et pourtant toute la politique économique sur fond de traités de libre-échanges internationaux ignore cette réalité avec la totale duplicité de Macron.

Cette politique écocidaire marquera pleinement la présidence Macron qui, par des coups communicationnels, tente de faire oublier son crime par des avancées institutionnelles avec sa réforme constitutionnelle qui n’en finit pas de traîner. L’introduction promise d’une dose de proportionnelle ne saurait masquer le danger que représente la diminution d’un tiers des parlementaires.

Cet effrayant antiparlementarisme, au relent bassement populiste, ne fera en rien progresser la démocratie qui a besoin non pas de bridage mais d’une dynamique. Le parlement doit être renforcé et non diminué comme cela est le cas depuis le début de la Vème République.

Retentissant flop d’un président dépassé par son monde

On n’attend pas d’un Président de la République française qu’il joue le rôle du caniche d’un autre chef d’État, outre-Rhin ou outre-Atlantique mais celui d’un éclaireur d’un monde cerné par de multiples urgences à la fois climatiques, sociales, financières, humanitaires, environnementales, ou technologiques.

Certes Emmanuel Macron n’est pas un progressiste puisque ses positions sont plus proches de celles des extrémistes néolibéraux que celles des Lumières, mais sa jeunesse aurait dû lui faire comprendre son devoir envers les générations futures plutôt que de servir servilement les oligarques.

La France perd son temps, le monde avec, lorsque son Président ne cherche pas à répondre aux enjeux  de son époque, de son monde.

La conférence de presse signe la marque d’une Présidence ratée.

 

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