Alors que vient de s’achever le mois de juin le plus chaud de toute l’histoire des relevés météorologiques dans le monde, nous assistons à l’accélération du Titanic libéral fonçant droit sur l’iceberg de tous ces intellectuels, y compris journalistes, refusant de prendre conscience des urgences tout à la fois climatiques, sociales, environnementales et politiques.

Bien entendu, il convient de préciser qu’heureusement des intellectuels font l’indispensable travail de défrichage des enjeux de sociétés, on y trouve même des économistes atterrés, des artistes rebelles, des enseignants soucieux de combattre l’abêtissement des programmes, des journalistes soucieux de faire éclater la vérité, de remarquables écrivains et philosophes empêcheurs de ronronner en rond. Mais nous devons hélas constater que tous ces intellectuels courageux, qui luttent contre le sens du vent idéologique dominant actuel tourné vers le totalitarisme libéral, sont mis en placard par une réelle censure de fait des médias, de la pensée politique telle qu’elle peut s’exprimer dans les médias et même des réseaux sociaux gérés par les GAFA (Google, Facebook, Whatsapp).

Ces dernières semaines, le Titanic libéral a accueilli de nouveaux traités de libre-échange dont la principale caractéristique est leur totale incompatibilité avec les accords sur le climat de la Cop21.  C’est encore le cas pour le nouveau traité de libre-échange entre l’Union Européenne et le Mercosur (Marché Commun du Sud, en espagnol, qui réunit depuis 1991, l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay). Le billet du 10 juillet de Jean-Luc Mélenchon en explique excellemment les enjeux.

La France donne l’exemple de l’indigence gouvernementale en accélérant la casse des services publics, ceux de l’énergie avec la vente des barrages hydroélectriques, ceux de l’Éducation Nationale fragilisée par une politique  de mise en concurrence de tous contre tous, ceux de l’Enseignement Supérieur par une déperdition des repères durables pour les étudiants eux aussi soumis à la règle du chacun pour soi, ceux de l’hôpital public soumis à une folle politique de management par la peur et de rationalisation des services aux seules fins non pas de réaliser des économies mais de le discréditer au profit du secteur privé.

Mais rien n’est perdu, puisque la procédure de réclamation d’un référendum contre la privatisation des Aéroports de Paris lancée le 13 juin rencontre d’ores et déjà un véritable succès avec près d’un demi-million de signatures selon les décomptes rendus publics le 1er juillet par le Conseil Constitutionnel. Si vous n’avez pas encore signé, vous pouvez le faire en cliquant sur le lien ici.

La démission intellectuelle est patente y compris dans un pays phare de la philosophie engagée comme la Grèce dont les électeurs se sont prononcés ce dimanche 7 juillet dans le cadre des élections législatives anticipées en infligeant une lourde défaite au Premier Ministre sortant Alexis Tsipras et en hissant à son plus haut niveau depuis plus de 10 ans, le parti conservateur, Nouvelle Démocratie à 40 %. Ce pays a subi des plans d’austérité d’une sévérité incroyable depuis 2009 jusqu’à atteindre un niveau de sauvagerie impitoyable par la majorité sortante menée par Syriza ces quatre dernières années. Dans cette débâcle, la responsabilité de Tsipras est écrasante. Sa traîtrise intellectuelle  se matérialise d’un terrible bilan : un pays ruiné et une espérance populaire terrassée pour longtemps. Le retour de la droite sera peut-être l’occasion de se débarrasser de ce malveillant et de refonder le camp progressiste sur de nouvelles bases. Car la gauche a bel et bien sombré au point de disparaître comme en Italie, en Hongrie ou en Pologne.

Pendant que les intellectuels renoncent à leur devoir d’interpellation des consciences et des politiques, l’Afrique, ses 54 États réunis depuis le 4 juillet à Niamey, capitale du Niger, fête les joies du libre-échange imposées par l’Union Européenne, prélude au suicide continental où les peuples devront plus qu’avant, subir les désidératas des oligarques africains eux-mêmes liés aux oligarques « occidentaux ». La bêtise humaine atteignant son comble, gageons que le silence des intellectuels se poursuivra avec l’hymne à la joie en guise de chant de cygne.

Malgré tout, les insoumis de l’orléanais continuent sans relâche les combats nécessaires pour un avenir meilleur et vous souhaitent de passer d’agréables vacances tout en s’efforçant de penser qu’après la canicule, le temps ensoleillé agréable peut pointer à l’horizon dans un proche avenir pour peu que la conscientisation des enjeux finisse par s’imposer à chacun, y compris aux intellectuels.

Notre coup de cœur littéraire du mois :

Éric-Emmanuel Schmitt – Éditions Albin Michel  Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus