Capture d’image The Gardian du 11 avril 2019 – Arrestation de Julian Assange le 11 Avril 2019 à l’Ambassade d’Équateur à Londres

Lorsque Lenin Moreno, qui fut vice-président de 2007 à 2013 aux côtés du Président Rafael Correa, remporta le 2 avril 2017 la majorité des suffrages (51,16 %) au second tour des élections présidentielles, on eût pu penser que Julian Assange, réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis le 19 juin 2012 serait protégé contre les menaces américaines pesant contre tout lanceur d’alerte ayant l’audace de faciliter les révélations relatives aux pratiques inavouables de l’Administration américaine.

Or, Lenin  Moreno s’avère bien moins résistant à l’emprise états-unienne que son prédécesseur. On le voit avec la décision des autorités équatoriennes de livrer le 11 avril Julien Assange avec comme contrepartie le prêt de 10,2 milliards de dollars accordés par les organismes internationaux tels le FMI, la Banque Mondiale, la Banque Européenne d’Investissement, la Banque Inter-américaine de Développement et … l’Agence Française de Développement.

Alors que Rafael Correa avait rompu tout contact avec le FMI, voilà que l’actuel président renoue avec les pires pratiques des dirigeants corrompus sud-américains. D’ailleurs, il donne l’exemple en menant une politique d’austérité avec la réduction de 5 % des rémunérations des fonctionnaires les mieux payés et avec la suppression de 25.000 postes dans la fonction publique.

Le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, a eu le tort d’avoir dérangé les autorités américaines avec la publication dès 2010 de documents secrets de l’armée américaine notamment en Irak et en Afghanistan. La publication de courriels d’Hillary Clinton qui montrent ses talents manipulateurs tant dans l’affaire de l’ambassade américaine en Libye que pour saboter la candidature de Bernie Sanders lors des primaires démocrates de 2016, aura amené l’administration américaine, la CIA en premier lieu, à faire de l’australien Julian Assange un espion au service de Moscou.

Rappelons que Julian Assange avait obtenu en décembre 2017 sa nationalité équatorienne retirée ce sinistre 11 avril 2019. Ce même jour, le ministère de la justice américaine rend public l’objet de son inculpation « d’association de malfaiteurs en vue de commettre un piratage informatique », ce sinistre acte d’accusation jusqu’ici resté sous scellé est passible d’une peine maximale de cinq ans de prison. Mais rien n’interdit de penser que ledit ministère garde sous le coude des chefs d’accusation d’espionnage menaçant la sécurité américaine, auquel Julian Assange pourrait être condamné à mort.

A cet égard, l’ancien président Rafael Correa, aujourd’hui réfugié en Suisse, accuse Moreno de traîtrise et d’humilier l’Équateur et condamne l’entrée d’une police étrangère dans l’ambassade d’Équateur et la livraison d’un citoyen équatorien.

Devenu prisonnier d’opinion, et dissident politique, selon la définition que donne désormais à juste titre son avocat Juan Branco, aux lanceurs d’alertes, Julian Assange aurait dû bénéficier de la protection de la France, y compris la naturalisation française. Il court désormais le risque de passer le restant de sa vie soit en prison, soit dans les tribunaux pour se défendre des procès dits de Moscou, non dans un des pays de l’est comme au temps de la guerre froide, mais dans un des pays de l’Alliance Atlantique qui a tout simplement renoncé à défendre les principes fondamentaux de la démocratie, au premier rang desquels, le droit d’informer en sus du droit d’opinion.

Par ailleurs, il est utile de mentionner les attaches avec la France lorsque Julian Assange avait informé dans une lettre publique en 2016, le Président François Hollande, d’une enfant vivant avec sa mère en France et que sa famille faisait l’objet de menaces de mort en liant avec son activité de lanceur d’alerte.

Cependant la russophobie qui a atteint le monde occidental, notamment ses serviteurs médiatiques, a tendance à voir le Kremlin derrière tout information dérangeante. Élise Lucet, l’excellente et rare journaliste d’investigation de France Télévision s’est vue traitée de populiste par un des membres du gouvernement français, Marlène Schiappa.

Le célèbre lanceur d’alerte, Edward Snowden, américain lui, qui avait révélé les méthodes sulfureuses de la NSA espionnant aux 4 coins de la planète, y compris l’Élysée et la chancelière Merkel, est toujours à Moscou depuis 2013. Mais si on en croit la presse occidentale, la Russie serait le seul pays à avoir des services secrets et à déployer des méthodes que la morale réprouve.

Cette opération du 19 avril dernier, livrant Julian Assange aux autorités britanniques, est une humiliation pour l’Équateur, obéissant aux ordres de Washington, et pour tous les défenseurs des libertés.

Pour les lanceurs d’alerte,  le lâchage des autorités politiques s’ajoute à une opinion publique peu combative à les aider vraiment, puisque partout, la majorité des électeurs s’exprime de préférence pour des organisations politiques hostiles aux lanceurs d’alerte.  C’est une situation paradoxale au moment où toutes les enquêtes d’opinion montrent un soutien réel aux lanceurs d’alerte. Alors pourquoi cette contradiction ?

Crédit : bitcoin.ge – libre de droits Julian Assange, fondateur de Wikileaks

 

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