L’horreur nazie : vie hors de l’ordinaire !

Ce résistant et écrivain espagnol, amoureusement francophile, Jorge Semprun, socialiste convaincu en ses engagements politiques proclamés, écrit en 2001, sa part autobiographique consacrée à sa baraka lui ayant permis d’occuper un poste « administratif » à l’Arbeitsstatistik du camp de la mort nazi de Buchenwald.

L’écrivain relate un moment décisif de sa vie misérable parmi toutes les autres petites vies éteintes par l’impitoyable mécanisme nazi ployant toute son énergie à abuser du peu de forces des juifs, anonymisés, amenés par paquet et qui finissent dans l’agonie,

Ce moment décisif prend la forme d’une note venue de la direction générale des camps de concentration à Berlin pour une demande de renseignement complémentaire du prisonnier Semprun auprès de la Politsche Abteilund, la Gestapo du camp Buchenwald.

Kaminsky, Maurice Halbwachs, et d’autres juifs du Camp, dans le cadre d’une organisation secrète de quelques-uns vont tenter de trouver une solution pour aider Semprun à sauver sa vie au cas où la note oblige la Gestapo à user des méthodes torturantes aux fins d’obtenir des informations compromettantes, notamment de sa famille.

François L, mystérieux espagnol musulman de son état, pourrait être ce sauveur, Semprun ne le sait pas encore au contraire de Kaminsky qui en est l’instigateur, devenant mourant à force de travaux physiquement éprouvants rendus encore plus épouvantables faute de nourritures saines. Il sera le mort qu’il faut, pour usurper son nom le moment venu si besoin est.

Il cherchera à comprendre ce que fut ce jeune homme au bord de la mort, comme lui étudiant parisien et fils d’un des chefs de la Millice française, va hanter son esprit et le récit atypique d’une non-vie à Buchenwald.

Pourtant, au début de l’internement, avec Maurice Halbwachs, un ami, Jorge n’aura de cesse de se nourrir des poésies, des récitations poétiques autour et dans le refuge, seul repaire non surveillée, car repaire de défécation des prisonniers. Survivre dans ce camp de la mort, passait par des moyens non conventionnels dans une forme de solidarité des prisonniers tous plongés dans la dépersonnalisation mortifère.

La prouesse de l’écrivain est de parvenir à restituer cet atmosphère pesante, irrespirable, glauque, inhumaine liée à un système concentrationnaire où la mort est omniprésente et où les ressources de la survie sont si ténues que ce mort qu’il faut est d’une audace invraisemblable. Mais ce fut une réalité glaçante possible, bigrement bien décrite et qui rajoute aux rares et nécessaires témoignages de l’indicible shoah, y compris dans sa forme adoucie de l’expérience hélas vécue par le résistant Jorge Semprun.