11 000 000 ha de forêts brûlés, 29 morts humaines, 1 milliard d’ animaux morts sans compter le bétail, 2000 maisons détruites, 100 000 personnes déplacées, une pollution de l’air 11 fois supérieure à un niveau estimé dangereux à Sidney et en Nouvelle Galles du Sud, invasion de particules fines, emmenant les gens aux urgences en raison de problèmes respiratoires, traumatisme et mal-être psychologiques de la population entraînant le déblocage de 7 milliards de dollars par le gouvernement pour lui offrir des soins par des professionnels, 272 espèces menacées victimes des incendies dont 32 en « danger critique d’extinction », voilà le triste record de la gestion de l’Australie par le gouvernement néo-libéral de Scott Morisson, premier ministre.

A l’heure où nous écrivons les incendies ne sont toujours pas maîtrisés, malgré le déploiement des pompiers volontaires et l’arrivée de la pluie et de la grêle sur une partie du pays.

Mais le monde semble être passé à autre chose, les médias ne parlent déjà plus des méga feux d’Australie.

Or, le bilan est loin d’être clos.

Un aveuglement criminel

Les feux en saison d’été sont fréquents dans le bush et l’Australie y est préparée mais aujourd’hui les feux sont devenus incontrôlables tant ils sont étendus dans le temps (ils interviennent au printemps aussi) et dans l’espace.

La raison de cette aggravation est le changement climatique, ajouté à la sécheresse et à une variabilité du climat entraînant une hausse des températures (Philippe CIAIS, Reporterre). On a enregistré 48,9 °à Sidney le 4 janvier, température jamais atteinte jusqu’alors.

Or, non seulement les néo libéraux au gouvernement, climato-sceptiques convaincus, n’ont pris aucune mesure en vue de freiner le réchauffement climatique mais encore ils l’aggravent.

En effet une autre cause des feux de forêts est l’extraction du charbon dans de multiples mines, qui, en dégageant des gaz à effets de serre, aggrave le réchauffement climatique.

L’Australie s’est en effet engagée dans l’exploitation à grande échelle du charbon, énergie fossile, en vue de répondre à la demande asiatique. Le gouvernement Australien s’est opposé à la fermeture des mines ouvertes à ce jour : bien plus, il a décidé malgré l’opposition de la population, d’ouvrir d’autres mines de charbon dans le bassin de Galilée au Queensland et de mettre en œuvre le projet d’extraction de la société Adani, compagnie Indienne, pour l’ouverture d’une grande mine de charbon.

Il n’est pas inutile de dire que le parti libéral de Scott Morisson a bénéficié de l’aide de l’United Australia Party créé par Clive Palmer, magnat de l’industrie minière, pour accéder au pouvoir.

Le gouvernement Australien échange donc la vie humaine, la vie animale et végétale, contre des dollars,faisant prévaloir la richesse des magnats de l’industrie minière sur la richesse de la vie.

Dans cette situation, la prophétie Amérindienne Cree énoncée lors de la conquête de l’Ouest prend une résonance bien contemporaine : « Quand le dernier arbre aura été abattu, la dernière rivière empoisonnée et le dernier poisson pêché, alors l’homme s’apercevra que l’argent ne se mange pas «

Les mines de charbon polluent et assèchent les drainages souterrains et accentuent encore la sécheresse comme l’explique Joëlle ZASK, auteure de « Quand la forêt brûle ».

L’eau est privatisée et « confisquée « par de grandes entreprises agricoles qui pratiquent une agriculture intensive et produisent pour l’exportation. L’eau bien commun ne peut dès lors être utilisée à des fins d’intérêt général telle l’extinction des incendies.

Autre facteur d’aggravation des conditions climatiques : les feux génèrent leur propre climat, dégageant du CO2, augmentant la vitesse des vents et déclenchant la foudre, ce qui produit d’autres incendies.

Il s’agit donc d’une spirale infernale dont le gouvernement Australien n’a pas encore admis la gravité et son inconscience lui dicte un comportement suicidaire.

Comme l’explique Joëlle ZASK ; « ..le feu n’a rien d’un phénomène naturel , il est éminemment politique.. »

Des Espèces endémiques menacées

Outre les forêts classées au patrimoine mondial de l’Unesco qui ont brûlé, dont les forêts de l’ïle Kangourou réserves de faune et de flore uniques, de nombreux animaux sont morts dans les flammes : 8000 koalas des Nouvelles Galles du Sud sur 25000 ont péri, 25000 sur l’île Kangourou, ainsi que de nombreux Kangourous et wallabies. Plusieurs espèces rares sont menacées telles le Dunnart de l’île Kangourou, (souris marsupiale), le perroquet vert de Western ground, les grenouilles vertes, les renards volants (sortes de chauve- souris) et le phalanger de Leadbeater (sorte d’opossum) qui a déjà failli s ‘éteindre dans les incendies de 2009.

Seul le Wombat, sorte de petit marsupial à tête d’ours, est ressorti indemne des feux de forêts car il vit dans des terriers creusés par lui. Il a fait preuve de compassion et abrité d’autres espèces pendant les incendies : lapins, lézards et même wallabies !

Les habitats naturels de ces animaux sont partis en fumée, par exemple les forêts d’Eucalyptus, plante dont se nourrissent les koalas, et les forêts d’acacias, les privant de nourriture et mettant leur survie en question. Les forêts mettront 30 à 40 ans pour se reconstituer. En attendant, l’Etat Australien est obligé de nourrir les animaux en leur larguant de la nourriture par avion, par exemple des carottes ont été envoyées aux wallabies.

De nombreux animaux ont été blessés et traumatisés : on a tous pu voir à la télévision les images d’un koala assoiffé se précipitant vers une cycliste pour boire à sa gourde. Certains ont dû être euthanasiés. Les incendies ont rendu des bébés animaux orphelins et nécessité de recourir à des solutions inventées sur place : par exemple, le tricotage de poches en laine pour maintenir la chaleur corporelle des bébés kangourous.

La population est au chevet de ses animaux et les associations se répartissent la tâche de leur dispenser des soins.

Beaucoup d’animaux de ferme ont également péri dans les incendies.

Par ailleurs, le gouvernement australien a cru sensé d’abattre 5000 dromadaires sauvages qui du fait de la sécheresse auraient menacé les habitations d’une partie de la population en cherchant de l’eau et de la nourriture.. un bien grand crime ! Selon Barbara Glowczewski, anthropologue spécialiste des Aborigènes d’Australie, dans Reporterre, il suffisait auparavant de creuser deux mètres dans le désert pour trouver de l’eau. Si la gestion de l’eau Australienne avait été cohérente et conforme à l’intérêt commun, le massacre des dromadaires n’aurait pas eu lieu.

Il convient de rappeler que ces dromadaires après avoir été importés et utilisés par les premiers colons dès 1840 ont été chassés lorsqu’ils n’ont plus été nécessaires à l’homme. Ils sont retournés à l’état sauvage. Ils se sont adaptés au désert et, espèce importée dépourvue de prédateur, se sont reproduits en grand nombre pour atteindre le million d’individus. L’Australie n’a jamais tenté de maîtriser les populations d’animaux rendus à la vie sauvage et devenus pléthoriques, par exemple en les stérilisant. La seule solution choisie par ses gouvernements est la mise à mort, tel le projet de larguer des saucisses empoisonnées pour les chats redevenus sauvages et non stérilisés bien sûr !

Les pratiques aborigènes constituent une solution, selon les spécialistes : traditionnellement ceux-ci réalisaient de petits feux pour nettoyer les maquis d’épines, très inflammables, et les remplaçaient par des cultures. Ces espaces sans arbres empêchaient le feu de se propager. Avec la colonisation, le nomadisme des aborigènes s’est arrêté et des espaces entiers sont redevenus sauvages.

Autrement dit, l’homme blanc, capitaliste, dans sa quête sans limite de pouvoir et d’argent est responsable des calamités présentes détruisant la vie en Australie soit qu’il aggrave le réchauffement climatique par ses mines de charbon, soit qu’il réduise l’eau indispensable à la survie de l’éco système.

La France n’est pas à l’abri

Les feux en Australie rappellent de façon inquiétante les autres incendies de forêts de ces derniers mois : en Amazonie en août 2019 et à la même époque en Sibérie. Mais l’Europe n’est pas à l’abri. Les scientifiques prévoient qu’autour de 2050 les feux de forêt se répandront en Europe. En France, la moitié des forêts françaises soit 9 ,9 millions d’hectares seraient concernées, selon un rapport interministériel de juillet 2010. Début Août 2019 5 ha de petits sapins sont partis en fumée à Chanteau près de chez nous à Orléans.

Le gouvernement français néo- libéral assumé ne prend pas en compte cette menace à sa juste valeur : il privatise l’office National des forêts, et en général donne raison aux chasseurs et éleveurs opposés au maintien d’une

biodiversité équilibrée : les politiques des années 80 à 92 visant à réintroduire les grands prédateurs, le loup, le lynx et l’ours sont en passe d’échouer.

Les éleveurs et les chasseurs demandent l’augmentation des tirs de loups et ce même en l’absence des mesures de protection des troupeaux préconisées par le plan LOUP au prétexte que les loups en France auraient atteint le nombre de 500 individus : or c’est à partir de 2500 individus que l’espèce pourrait espérer se pérenniser.

Le lynx est braconné et la police ne retrouve jamais les responsables des tueries.

Le Président de la République a récemment déclaré stopper la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées alors que la reproduction du plantigrade est en danger.

La destruction en France de l’éco système social

Si l’Australie décime son éco système naturel, la France détruit son éco système social : Emmanuel Macron s’est attaqué dès son arrivée au pouvoir à l’architecture de protection sociale qui faisait la particularité de la France : on se souvient des ordonnances de 2017 détruisant le code du travail, opération commencée par François Hollande avec la loi El Khomri. Après diverses attaques contre l’Education et la Fonction publique, il en vient maintenant à projeter de supprimer le système de retraites par répartition datant de la Libération et basé sur les revenus du salarié pour le remplacer par un système à points au montant incertain. Ceci a pour but de libérer l’Etat de la notion de solidarité entre générations, pauvres et riches, et de favoriser un système de capitalisation permettant de transférer aux grands groupes privés les capitaux accumulés dans l’intérêt commun. Ce projet condamnerait dans leurs vieux jours à la pauvreté et à une vie indigne les travailleurs ayant toute leur vie contribué au développement du pays.

De même que l’attitude irresponsable du gouvernement Australien démontre le mépris dans lequel il tient la vie humaine et animale, l’attitude du gouvernement Français qui veut sacrifier la vie et la dignité des travailleurs arrivés à l’âge de la retraite met en lumière un égal mépris pour les citoyens dont il a pourtant vocation à défendre les droits. On voit là à l’œuvre les valeurs néo libérales qui priorisent les matières mortes, argent et biens matériels par rapport à la vie et au bonheur des êtres vivants. C’est la voie du chaos que les citoyens de tous pays ont le pouvoir et le devoir d’empêcher.

Nous, les insoumis, devons être solidaires tant avec les travailleurs en grève ou en mouvement en France contre la réforme des retraites qu’avec les associations qui luttent en Australie, en Amazonie et ailleurs pour sauver les animaux et les plantes victimes des incendies. Nous devons être solidaires, en général, avec tous ceux qui se battent pour un monde écologique et solidaire dans lequel le bonheur de tous serait possible.

FAIRE UN DON POUR LES ANIMAUX D’AUSTRALIE

Site Facebook WWF (dons en euros, déductible des impôts)

Association WIRES (dons en dollars, non déductibles)

Association Wildlifewarriors (idem)

Adopter un koala (dons en dollars, pour soigner un koala)