Le rassemblement des animalistes à la fête de la Sange

Les 7  et 8 septembre 2019 a eu lieu la fête de la Sange au château de Sully Sur Loire. Il s’agit d’un rassemblement organisé par les fédérations de la Chasse et de la Pêche proposant des stands de produits des terroirs et des démonstrations de direction équestre et canine et ainsi qu’un spectacle de montreur d’ours.

Plusieurs organisations de défense des animaux : ONE VOICE, AVES France, INFO VEGANE, PARIS ANIMAUX ZOOPOLIS et le PARTI ANIMALISTE,  ont organisé une contre- manifestation le samedi 7 entre 10 h et 12h30.

Une trentaine de militants se sont retrouvés aux abords de la fête. Bien que cantonnés près du square du monument aux morts en face de l’allée du château, ils ont montré leur opposition à  toute cette exploitation animale représentée par la fête .

La fête de la Sange représente en effet un condensé d’utilisation d’êtres vivants sensibles et intelligents dans un but ludique où le jeu consiste à mettre à mort (chasse, pêche) ou à asservir et humilier (spectacle d’ours, dressage de chevaux et de chiens de chasse) les animaux, tout cela sans doute en vue de se persuader de la supériorité humaine..

Les produits alimentaires proposés étaient également pour partie issus de la chair animale et représentaient  l’ exploitation des animaux dans un but alimentaire.

La présence de ces militants même symbolique a permis d’interroger les consciences des visiteurs sur le rapport de l’homme à l’animal au XXIème  siècle, par delà la gangue des idées reçues. Aujourd’hui, en effet, aux yeux de la science, l’homme est un animal comme les autres.

Le procès des activistes anti –spécistes

Le 12 septembre 2019, comparaissaient au tribunal correctionnel d’Orléans les deux présidents de l’association 269 LIFE LIBÉRATION ANIMALE, dont les militants avaient le 7 septembre 2017 occupé l’abattoir TRADIVAL de FLEURY LES AUBRAIS et libéré un cochon.

Le 7 septembre 2017, une cinquantaine de militants de 269 LIFE  s’étaient introduit de nuit dans l’abattoir après avoir découpé un grillage, et bloqué le fonctionnement du couloir menant à l’abattage des cochons . Refusant de quitter les lieux à la demande de la police, ils avaient été évacués, un cochon ayant été embarqué au passage par les militants dans un de leurs véhicules et confié au sanctuaire de l’association          .

Selon Tribune Hebdo no 282, l’avocat de TRADIVAL a demandé des dommages intérêts de 6.283€ pour dommages matériels et 100 000€ pour atteinte à son image, considérant qu’existait un risque d’ amalgame avec les abattoirs maltraitants.

L’avocat de la défense a plaidé » l’état de nécessité « afin d ‘empêcher des actes de cruauté envers des animaux en captivité. La décision sera rendue le 7 novembre prochain.

Droit à la vie contre droit de propriété

Ces deux actions portent sur la hiérarchie des droits :  dans le droit actuel, les animaux, bien que reconnus êtres vivants et sensibles, selon la science actuelle, dotés d ‘intelligence et de conscience, sont néanmoins considérés comme des objets que l’on peut s’approprier et dont on peut à ce titre librement disposer : les exploiter et les tuer pour son enrichissement, les dresser et leur infliger des souffrances. Quant aux animaux sauvages ils ne sont pas objets de propriété vivants mais le deviennent à leur mort, quand ils sont chassés ou pêchés .

Par conséquent les activistes antispécistes  qui s’opposent à leur mise à mort, se rendent coupables de violation de domicile,  vol avec effraction et dégradation de biens aux yeux du droit.

Au contraire, du côté des anti- spécistes, l’animal est un être à part entière et il a des droits naturels, le premier d’entre eux étant le droit à la vie. Ces droits ont vocation à être inscrits dans la loi . Or de même que les droits humains, ces droits, même non reconnus légalement, sont inviolables et sacrés, c’est-à-dire absolus. Les entreprises détenant des animaux en vue de leur exploitation financière sont donc des délinquants, voire des criminels. Sauver des vies justifie de porter atteinte au droit de propriété et de commettre des infractions, la vie et la dignité des animaux étant supérieurs au droit actuel.

Ce débat prend place dans un contexte économique : dans le régime capitaliste tel que nous le vivons          actuellement la propriété est le premier des droits puisque tous les autres lui sont soumis.

Il ne cesse d’augmenter avec la présidence Macron, qui orchestre la destruction du code du travail, contre les travailleurs et pour les propriétaires de capitaux et la privatisation des services publics . Cette prééminence du droit de propriété empêche la progression du droit des citoyens mais également du droit des animaux puisqu’elle remettrait en cause la filière viande, génératrice de profits pour les entreprises qui lui sont reliées . De même, la filière agroalimentaire , du fait des intérêts en cause, freine la progression vers la transition écologique et participe à la stagnation des mesures qui devraient être prises de toute urgence pour sauver la planète.

Poids des habitudes culturelles et prospective

Le droit de propriété n’est pas le seul obstacle à la reconnaissance du droit animal. Le poids des habitudes acquises, alimentaires et culturelles en constitue également un frein . Si l’interdiction de la chasse et de la pêche du jour au lendemain provoquerait sans doute un mécontentement chez les chasseurs et pêcheurs, combien plus grave serait la réaction de la population face à une restriction de la consommation de viande .

 De même se poserait la question de la reconversion des entreprises liées à l’élevage, l’abattage, le transport et aux services intermédiaires de la viande ainsi qu’à la chasse et la pêche .

Mais des solutions existent, par exemple l’éducation des jeunes et des adultes à une autre nourriture, à l’école ou dans la restauration collective, la mise en circuit de la viande de laboratoire en remplacement de la viande d’abattage pendant le temps de la transition, les aides à la reconversion en direction des entreprises par un État employant les fonds publics dans l’intérêt général et non pour soutenir les intérêts privés de son électorat.

Illégalité des actions et proposition de solutions

Tout cela a l’air bien lointain pour 269 LIFE et c’est sans doute pourquoi cette association se lance dans des actions désespérées, qui la conduisent à risquer un endettement fatal à son action et à son existence en encourant des condamnations à des sommes astronomiques à des dommages intérêts.

Tel est en effet le risque des actions illégales, qui présentent l’ intérêt cependant d’être relayées par les médias avides de spectacles urbains .

La pénétration par effraction dans des locaux dans un but altruiste ne pose pas de problèmes éthiques . Par contre, le fait de s’ emparer d’un animal, même pour le sauver, constitue un vol dans le droit actuel et même si le droit de propriété sur un animal est illégitime, ce vol cause un dommage à une entreprise. La perte financière n’est sans doute pas importante pour l’abattoir ni pour l’éleveur mais il conviendrait plutôt que de les voler de demander à racheter des animaux en passe d’être exécutés, pour un prix coûtant ou d”offrir une réparation symbolique .

Il n’en demeure pas moins que le courage de ces activistes doit être salué . Les actions militantes tels les rassemblements de protestations doivent continuer afin d’interpeler sans cesse la conscience des citoyens pour arriver à un consensus sur le droit de l’animal  à la vie .

                                                                         Joëlle LANTERI

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