Il est de rigueur en période de crise de s’abstenir de critiquer les gouvernants afin de les laisser accomplir leurs fonctions. Mais le citoyen ne perd pas le droit de réfléchir et de s’exprimer, « sans haine et sans crainte »,comme pourrait le faire le  témoin objectif d’un procès judiciaire.

La croyance en la supériorité du marché

Que constatons -nous en cette période de crise sanitaire en France? Un vacillement du sommet de l’État, des gouvernants penauds comme des collégiens pris le doigt dans le pot de confiture, parce qu’ils ont traité avec désinvolture l’avancée du virus, voulant rassurer les marchés financiers, et faire des économies sur la santé publique : il n’y avait plus au départ de l’épidémie ni masques, ni blouses pour soignants, ni bouteilles d’oxygène, ni tests, ni gel hydroalcoolique, et pas assez de médicaments, tous produits dont la fabrication a été laissée aux bons soins de la Chine ;il n’y en a toujours pas suffisamment ; et que  deux entreprises en fabriquant deux (Luxfer pour les bouteilles d’oxygène et Famar pour la chloroquine) sont en liquidation judiciaire faute de commande publique.

Parce qu’ils ont menti et que cela a été révélé et parce qu’ils sont indécis et perdus devant les solutions à apporter : faut-il prescrire la chloroquine ? Comment sortir du confinement ? Comment faire fabriquer les équipements manquants et les médicaments ?

Il est bien sûr difficile de gérer une telle crise avec un virus inconnu, mais le citoyen n’est pas sans s’apercevoir que la plupart des difficultés proviennent d’une conception néo-libérale de l’État : si nos gouvernants avaient voulu, ils auraient pu préparer en amont une telle éventualité puisque les scientifiques préviennent les gouvernements de risques de pandémies depuis 30 ans ! Or, ils ont privilégié l’intérêt des grands groupes, et réduit les coûts touchant à l’intérêt des populations.

Formés pour diriger des start-up, nos gouvernants se trouvent revêtus d’un costume trop grand pour eux, celui d’élus d’une démocratie, veillant à l’intérêt général.

Des morts auraient pu être évitées : selon Agnès Buzyn,ministre de la santé jusqu’en février 2020, le gouvernement a été informé par elle à la mi-janvier du risque de pandémie, mais le confinement n’a eu lieu que le 14 mars !

Ce confinement est décrit par des spécialistes comme une mesure moyenâgeuse et risque de déboucher sur un effondrement de l’économie. Le port du masque, l’élaboration d’un test auraient pu l’éviter comme à Hong-Kong, où la population vaque à ses occupations en portant un masque et en Corée du Sud.

En synthèse, la gravité de la situation tient moins à la pandémie qu’à la gestion de la crise marquée par le choix du profit sur la vie.

Photo d'une des membres du comité éditorial - Place Martroi de la Ville d'Orléans - Effet du confinement

Photo d’une des membres du comité éditorial – Place Martroi de la Ville d’Orléans – Effet du confinement

La fragilité sociale, facteur aggravant

Au 7 avril, on décompte 10.328 morts du Coovid-19.

Les premières victimes de la maladie sont celles qui souffrent de poly-pathologies, obésité, diabète, hypertension, dont un grand nombre de personnes en précarité sociale, n’ayant pas accès à une nourriture saine, ni à la pratique sportive : le département de la Seine-Saint-Denis, le plus pauvre de France, a vu une augmentation des décès.de 63%.

On dénombre beaucoup de morts en EHPAD – Établissement d’Hébergement pour les Personnes Âgées Dépendantes –  , chez les personnes âgées, et chez les soignants non encore équipés de masques et de blouses. Nombre de travailleurs sont contraints- ou l’ont été- d’aller travailler sans masques, les caissières, les éboueurs, les livreurs et les agents chargés de la continuité du service du gaz et de l’électricité. Parmi tous ces travailleurs, souvent les femmes précaires sont en première ligne.

Outre les morts et les malades, les victimes « collatérales » sont nombreuses :

Personnes démunies basculant dans la précarité selon EMMAUS,

Salariés en chômage partiel voyant leurs revenus réduits et en difficultés pour payer leurs charges(loyers, gaz , électricité),

Salariés dont la période d’essai est suspendue ne bénéficiant ni du chômage partiel ni du chômage tout court,

Petites entreprises, libéraux, obligés de suspendre leur activité et non éligiblesaux mesures d’aide financière( de 1500 €/2000 €) et d’emprunts garantis par l’Etat etpour qui les mesures de report des charges ne suffiront pas à éviter la liquidation judiciaire,

Familles entassées dans des logements étroits favorisant les conflits conjugaux et parentaux,

Femmes victimes de violences conjugales accrues,

Détenus privés de parloir,

Animaux domestiques abandonnés,

Écoliers, collégiens, étudiants socialement défavorisés sans ordinateurs

Personnes déprimées par le confinement,

Cette crise atteint une majorité de citoyens dans leurs intérêts vitaux, affectifs, sociaux et économiques…

Des mesures restrictives des libertés

Pris de court par la crise sanitaire, le gouvernement n’en a pas moins retrouvé ses esprits pour faire voter une loi d’Etat d’urgence sanitaire,le 23 mars 2020, aboutissant à réduire considérablement les libertés (d’aller et de venir, de réunion, de manifestation,etc), le tout assorti :

de surveillance par drône, d’un suivi des personnes contaminées sur mobile,appelé tracking,en projet,

d’excès de pouvoir (fouilles des courses par la police malgré l’établissement d’une attestation dérogatoire)

de violences policières (en banlieue parisienne, tirs de lbd sur une population récalcitrante).

Si un contrôle se justifie durant le confinement, cet état d’urgence ne saurait se retrouver dans la loi ordinaire à son issue, et les citoyens devront exiger le retour aux pleines et entières libertés.

Le gouvernement a fixé des sanctions d’amendes et de prison, très élevées en cas d’infractions au confinement, pouvant aller pour les amendes jusqu’à 3750 €, excessives et dépourvues d‘exemplarité.(loi du 23 mars 2020) .

Autorisé à légiférer par ordonnances,il a également apporté des modifications exorbitantes au code du travail autorisant l’employeur, dans certaines conditions, à augmenter la durée du travail à 48 heures par semaine sur une période de 12 semaines, avec un pic à 60 heures hebdomadaires, et à imposer au salarié la prise de 6 jours maximum de congé pendant le confinement ainsi que dix jours maximum de repos. Ces dérogations exceptionnelles et temporaires ne sauraient perdurer après la fin de la crise sanitaire.

Photo d'une des membres du comité éditorial - Place Martroi de la Ville d'Orléans - Effet du confinement

Photo d’une des membres du comité éditorial – Place Martroi de la Ville d’Orléans – Effet du confinement

Quelles leçons tirer de cette crise ?

La crise sanitaire est un puissant plaidoyer pour un hôpital public fort et un pôle public du médicament, ainsi qu’un développement des services publics assurant la primauté de l’intérêt général de la population : accès à la santé physique et psychique, sécurité alimentaire, droit au travail, et au salaire, droit au logement, à l’éducation, à la culture.

Au lieu de cela,l’économie de marché a supervisé le démantèlement du service public hospitalier.L’ARS du Grand Est prévoit une réduction de 200 lits d’hôpitaux et une suppression de postes de personnels soignants là où il faudrait investir massivement et embaucher en nombre.

La Nature a elle-même apporté un démenti cinglant au système agricole industriel et à l’artificialisation des terres :en raison de la déforestation, en Europe comme ailleurs dans le monde, les animaux sauvages, notamment les chauves- souris,que l’on pense porteuses du Covid-19,propagent le virus en nichant en ville ou en contaminant les animaux d’élevage. C’est pour l’heure la théorie dominante quant à la propagation du virus.

Ce virus, qui, dans la nature, resterait inoffensif, devient dangereux du fait de la cohabitation forcée de l’homme et des espèces sauvages privées de leur habitat.

La consommation de viande est également pointée du doigt avec les soupçons pesant sur la consommation de viande de pangolin, maintenant interdite en Chine et au Gabon, qui serait un propagateur intermédiaire du virus porté par les chauve-souris.

Actuellement les citoyens réfléchissent et préparent le monde d’après.

Des plaintes ont été déposées par un collectif de 600 médecins (C19) et par des citoyens(association Corona Victimes) devant la Cour de Justice de la République, d’autres distribuent gratuitement de la nourriture, proposent des logements aux soignants, les applaudissent tous les jours à 20 h, manifestent en ligne ou sur leur balcon…

Mais nous devons aller plus loin !

Il convient de relocaliser les fabrications de médicaments, masques, bouteilles d’oxygène, blouses et tous les secteurs essentiels de l’économie, de nationaliser les entreprises LUXFER et FAMAR et de créer un service public fort hospitalier et un pôle public du médicament !

Nous ne pouvons plus reculer, nous devons respecter le vivant et opérer la transition écologique vers l’agroécologie, les élevages extensifs de plein air,et laisser la nature reprendre sa place

Notre perspective est de construire ensemble la VIème république qui remettra la conduite de l’État entre les mains des citoyens pour une gestion démocratique dans l’intérêt général !

Comité éditorial