Les migrants, c’est nous tous !

Éditions Points 4.899

La déclaration des poètes concluant le bouleversant opuscule consacré à la question des migrants, couronne brillamment une ode à l’amour fraternelle des êtres humains d’où qu’ils viennent et où qu’ils aillent.

Cette œuvre confirme l’extraordinaire qualité d’une écriture à la fois chantante et sérieuse pour évoquer un sujet si brûlant d’actualité permanente, le regard que nous portons tous à ce qui nous paraît différent mais qui en fait, de génération en génération, nous ressemble tant. Patrick Chamoiseau, notre talentueux écrivain, poète, de la Martinique, porte haut les couleurs de l’humanisme si décrié par les institutions et par une idéologie néolibérale qui broie la liberté de vivre et de se mouvoir librement.

Ce délicieux appel à la fraternité aux migrants, écrit en 2017, confirme que le prix Goncourt obtenu en 1982 révèle à chacun de ses écrits un état d’esprit rayonnant qui nous entraîne dans ses réflexions empreintes de vision chaleureuse et ouverte à toutes les pensées, à toutes les diversités.

On appréciera sûrement cet hymne-là « les poètes déclarent que, quelles que soient les circonstances, un enfant ne saurait naître en dehors de l’enfance : que l’enfance est le sel de la terre, le sol de notre sol, le sang de tous les sangs, que l’enfance est donc partout chez elle, comme la respiration du vent, le salubre de l’orage, le fécond de la foudre, prioritaire en tout, plénière d’emblée et citoyenne d’office. ».

Cette poésie-là qui parcourt tout l’opuscule magnifique des Frères migrants, nous frissonne, nous transporte dans l’univers de la mondialité, synthèse de convivialité et de mondialisation à visage humain, nous enchante dans cet ensemble où chacun est à la fois différent et semblable.

Chantre de cet humanisme « multi-trans-culturel »  en ce « lieu-monde », Patrick Chamoiseau réussi à déconstruire merveilleusement le monde désenchanté de l’individualisme marchandisé tout en magnifiant l’Autre à la fois soi-même et autre dans sa pluralité, dans son empathie à l’autre, y compris dans ses heurs et malheurs.

Se buvant à dose rythmée, ce nectar est une incitation à sortir du rabougrissement continue des Lumières, pour redécouvrir l’humanité dans son essence même, sa capacité à élargir sans cesse ses concepts, ses curiosités, sa soif de connaissances, ses combativités en de nobles et justes causes au service de tous, de soi et de nous-mêmes.

En cela, les frontières factices ne sont que concepts sans saveurs que nuls êtres humains doivent s’y attacher sinon qu’en réalisant que nous sommes tels que des générations d’êtres humains ont façonné au fil du temps, de partout, avec des liens culturels mélangés faisant de chacun d’entre nous des migrants, des métissés de langues, de cultures, de racines déracinés enracinés.

Nos frères migrants ne sont que nous, avec d’autres visages, d’autres vies, d’autres histoires, d’autres cultures, mais issus de nos ancêtres, de nos parcours entrecroisés et de nos épreuves de vie. C’est ce qu’écrit avec beaucoup de poésie admirable de clarté chargée d’émotions à chaque ligne, chaque mot choisi.

Merci pour cet appel à l’amour sans sensiblerie, à l’amour raisonnable, à l’amour de la vie et à l’amour de la différence.